Mont Sana, Ultra trail.

C’est un pari un peu fou, un défi un peu dingue que nous nous sommes lancés cette année, ou plutôt il y a 3 mois : un trail de 60 km. Au cours d’un repas pris sur le pouce avec notre collègue Pierre : professeur de sport. -« il y a un trail de 60 km fin mars . Ça vous dirait à tous les deux ? – Ouais pourquoi pas. »


Heureusement que j’ai un petit grain de folie qui me permet de ne pas me rendre compte de la difficulté d’une telle course .

Nous serons 4. Pierre professeur de sport, Christophe professeur de SVT, Eric professeur d’histoire Géo (mon mari) et moi à l’administration. Tous personnel du lycée MLF de Bahreïn.


Le problème c’est que j’ai mal au genou, une douleur dont je n’arrive pas à me débarrasser. Pourtant, c’est pas cela qui va m’arrêter. Et puis … et puis j’aime les défis, les dépassements. Certes un pratiquant d’ultra-trail dirait «c’est juste 60 bornes dans la montagne » . Oui mais c’est 60 km !

Il a fallu s’entrainer en tenant compte de la tendinite qui me titille le genou. Course, repos, natation, mais impossible de faire de trop longues sorties. (pas plus de 20 km) Pas grave, on ira au courage et à la volonté. Ce trail est aux Émirats Arabes Unis .

Nous partons donc tous les 4 : avion, location de voiture, et tentes montées dans un campement de fortune à coté du PC d’organisation de la course.

Le départ est donné après une nuit blanche et pluvieuse. Eric et moi sommes prêts, je veux rester avec lui , il sera ma canne en cas de défaillance, je serai la sienne s’il a du mal.


5h donc : lampe sur le front, pluie, vent, nous voilà partis pour une belle aventure. Je me cale sur les pas d’Eric. Le chemin est plein de cailloux non stabilisés, il faudra faire attention de ne pas se tordre la cheville ou le genou.

À 6 km première difficulté : ça monte, et ça monte bien ! Il faut y aller avec les mains, la roche est glissante. Je dois dire que ce premier casse-patte tombe bien. Ça va ralentir le rythme. En revanche cela donne le ton. Ça va être chaud.

Le premier PC de ravitaillement est à 8km il a fallu 1h c’est dire le niveau de difficulté. Il fait froid, les bénévoles sont supers accueillants. On retrouve un des 4 larrons : Christophe. Pierre, quant à lui, est déjà loin. On reprend donc la piste à trois. On va doucement 9, 10km/h et doucement on double. Ça monte, c’est cabossé, c’est dur et ça fait mal aux genoux. Sur le chemin un gars s’est blessé.


Le jour se lève, il pleut, le paysage se découvre, franchement c’est beau .


ça monte et ça descend

Deuxième étape : 18km. Christophe s’essaye à une blague. « Tout va bien au 36e km ça descend. » Eric a un coup de mieux, je dois m’employer pour rester au contact. Entre l’étape 2 et 3 il y a du faux plat un coup montant un coup descendant. Nous sommes entourés de montagnes de couleur rouge probablement du à la nature de la roche de schiste. La piste nous guide à travers les acacias et les buissons, on croise quelques dromadaires et des chèvres ça sent le bétail. Le paysage est préservé : pas de route pas de constructions par de complexes touristiques. Les coureurs sont seuls au monde. Cette portion est malgré tout assez difficile, je commence à avoir mal aux pattes. 20Km ! Plus que 40km. Christophe part un peu devant, nous le perdons. Il arrivera avec 20 minutes d’avance. En revanche nous courrons avec deux gars un coup nous les doublons, un coup ce sont eux. Nous arriverons finalement 30 minutes avant eux.

On court doucement, je fais attention !

On arrive aux troisième ravito. 30 km et il est 9h et des poussières, ça fait 4h qu’on crapahute. J’en ai plein les bottes, des ampoules sur les pieds et un genou en vrac. Pourquoi me suis-je lancée dans cette aventure ? Je maudis mes idées folles. Je mange une banane et hop ça repart …

4 étape : 36 km! On a fait plus de la moitié du parcours. Je trouve sur la table du ravitaillement une barre de caramel beurre salé. Elle me remonte le moral. Je remplis mon Camelbag et rajoute une solution isotonique histoire de ne pas trop me déshydrater. Eric fait de même . Ne pas se louper sur une ravitaillement, prendre le temps de souffler et faire attention aux électrolytes sera la clef pour terminer.


Les paroles de Christophe résonnent dans ma tête : « au 36e ça redescend ». La bonne blague ! Il a mal regardé le profil de la course. Les difficultés vont s’enchaîner jusqu’au 55e kilomètres. Ça monte, je n’arrive plus à me tenir droite j’ai mal au dos. Un groupe de coureurs plus jeunes et plus costauds nous double. Plus de 40 bornes que nous sommes devant eux (c’est pas si mal finalement) Depuis la 4e étape on commence à voir des abandons. Je pense à Pierre qui est devant. Cela fait 5h30 que nous courrons, lui dans une heure il aura terminé. Il est fort mais d’une grande modestie. Il sera là à notre arrivée pour nous encourager.

Etape 5 : 44 km . Il en reste 16. 16km normalement c’est facile, là c’est un mur. Eric commence à avoir mal à une jambe, moi partout. Nous sommes toujours ensemble, nous n’avons pas vraiment la force de parler, nous ne nous disons rien, nous nous soutenons. Je lève la tête et je vois que les concurrents sont très hauts, la piste très abrupte longe un barbelé, probablement mis là pour les dromadaires. On tourne et un paysage lunaire s’offre à nous comme un cadeau après cette grimpette si difficile. Il y a un lac de retenue d’eau. On est dans le désert c’est étonnant. On tourne encore et on monte encore. Je lâche un : « allez courage on y va … pour les enfants, pour leur dire qu’on a fini » 46, 47, 48 … 50 km plus que 10, les deux gars qui nous suivaient sont loin derrière.


6e étape les bénévoles sont adorables ils font sonner les cloches et encouragent chaque concurrent. Une infirmière me donne du sel pour calmer les crampes. Je mange des oranges ça fait du bien. Il reste 9 km : ils vont être éprouvants. Nous doublons des coureurs, nous nous faisons doubler, nous nous encourageons. Le but c’est de terminer. Encore une montée, Eric me donne la main pour gravir un obstacle, je lui fais la courte échelle pour un autre. Sourire … sans toi je n’y serais pas arrivée. Vers le 3e ou 4e km avant l’arrivée j’ai un petit mieux , je réussis à accélérer, ça sera de courte durée.


Nous faisons la dernière ligne droite ensemble. Je  m’écroule dans les bras d’Eric sous la flamme de l’arrivée. On l’a fait, on a réussi, et dans les temps . 10h20 d’effort.


on l’a fait!

Pierre premier, Christophe est arrivée 20 minutes avant nous. Le soir à l’hôtel j’ai dit aux gars que plus jamais je courrais fini !! Le lendemain je regardais déjà les prochains trails. Et nous avons coché un 80 km dans la Vienne en septembre .

La course ça vous gagne.

De droite à gauche : Pierre (le champion) Christophe (très fort en roche de Schiste ) Eric (incollable sur les paysages et les climats) et moi des étoiles plein les yeux et des ampoules plein les pieds…


Une réflexion au sujet de « Mont Sana, Ultra trail. »

  • 9 avril 2019 à 19 h 31 min
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    Récit très sympa en espérant que ça vous ouvre l’appetit Pour de nouvelles aventures!

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