Le petit caillou dans la chaussure

Ça ne vous est jamais arrivé lors d’un pèlerinage ou d’une longue marche d’avoir un petit caillou dans la chaussure. Vous savez,  celui qui se glisse dans votre chaussure on ne sait comment et n’en sort plus . Il s’installe contre la plante des pieds et commence à jouer avec vos nerfs. Certes il ne vous empêche pas de marcher, et comme vous devez suivre le rythme, vous ne pouvez pas vous arrêter pour l’enlever, mais à chaque pas que vous faîtes vous le sentez, il vous fait mal, parfois la douleur irradie dans la jambe. Ce caillou est tout petit, mais il mobilise votre corps entier et votre esprit. Vous cherchez une position de marche pour qu’il ne vous fasse pas trop souffrir. Par moment vous boitez un peu, alors on vous regarde. C’est incroyable comme ce truc si petit se rappelle à vous à chaque instant.

Voilà et bien ….

Lorsqu’il est né, je le trouvais tellement magnifique que je pensais que jamais personne n’avait vu un enfant aussi beau, d’ailleurs je m’étonnais de ne pas voir débarquer dans ma chambre plus de gens pour venir l’admirer.

Peu importe je passais mes journées à le contempler me laissant engloutir par un amour indescriptible. Quel bonheur de nous savoir à trois. Une famille ! Pas de fausses modesties ! Tous les trois nous étions parfaits !

Le temps passe et, après la naissance de ses deux sœurs, je me pose de plus en plus de questions à son sujet. Pourquoi est-il si sage? Pourquoi parle-t-il aussi peu? Pourquoi est-il parfois si étrange? Pourquoi s’intéresse-t-il à des choses aussi techniques ? pourquoi ne joue-t-il pas comme les autres enfants?

Il va falloir, un jour ou l’autre, faire le nécessaire pour comprendre ce qui ne va pas, et croyez moi ce n’est pas une démarche facile, surtout que c’est rarement pour s’entendre dire :

« – Mais non tout va bien, arrêtez de vous faire du soucis ! »

Je passe les péripéties de ce que peut représenter des rendez-vous dans un institut spécialisé. Mais après un an d’attente, de loupés, de médecins-pas-là, de coups de fil, et de papiers diverses et variés à remplir, le diagnostic tombe : Autisme ! Et juste après : « vous savez c’est banal on en diagnostique un par semaine. »  Quelle réflexion idiote !

Après une annonce comme celle-là , il y en a des nuits blanches, des larmes, des angoisses et des combats ! Mais franchement si je commence à tout décrire je n’ai pas fini et ce n’est pas le lieux.

Bref : désormais mon fils devra composer avec la casserole que lui a donnée la vie. Certains apprivoisent un renard ou une rose, lui , c’est une petite casserole. Mais on n’a jamais rien fait cuire de bon avec une rose ou un renard, en revanche c’est bien dans une casserole que les bons plats mijotent, pour peu qu’on prenne le temps de lire correctement la recette …

Quant à moi sa mère, je continue à trouver qu’il est parfait, et son autisme ? Et bien… c’est ce petit caillou dans la chaussure. Cela n’empêche pas d’avancer ni de vivre mais c’est douloureux, ça ralentit un peu, ça fait boitiller, parfois ça irradie jusque dans le cœur … C’est un petit truc qui se rappelle à moi tous les jours!

Mais … Aucun petit caillou aussi pointu soit-il n’est incompatible avec le bonheur .